Conversion bio : les étapes pour (bien) y arriver

updated on 27 May 2021

Les chiffres annoncés dans cet article sont issus de l'Agence Bio.

En 2020, plus de 9 Français sur 10 déclarent avoir consommé des produits biologiques, 13% en consomment même tous les jours ! 85% d'entre eux estiment important de développer l'agriculture bio.

Cet article réunit les informations nécessaires pour vous permettre d'avoir un aperçu global de la démarche de conversion à l'agriculture biologique. Nous avons synthétisé les informations pour faciliter la compréhension. Nous citons les principaux interlocuteurs d'intérêt en associant des liens direct pour permettre à chacun d'aller plus en détails en fonction des besoins.

<i>Crédits photo Nouvelle République</i>
Crédits photo Nouvelle République

L’agriculture biologique : principes et objectifs 

Le bio en quelques chiffres

L’agriculture biologique connaît actuellement une progression extrêmement rapide. En 2019, le bio représentait 8,5% de la Surface Agricole Utile française, c’est 13% de plus qu'en 2018. L’Agence Bio précise que les surfaces ont doublé en 5 ans.En 2019, plus de 47000 structures agricoles sont engagées en AB, dont 15% d’exploitations en grande culture. 

Au niveau du marché alimentaire bio en France, il représentait 6,4 milliards d’euros en 2015 et a atteint 11,9 milliards d’euros en 2019. Cela équivaut à une augmentation de 86 % en seulement 4 ans. La demande est croissante, et les débouchés se diversifient afin de valoriser des productions locales. 

Les filières d’amont en bio s'organisent et se mettent en place progressivement pour suivre son développement rapide. Par exemple, le secteur des semences a vu le nombre d’agriculteurs multiplicateurs, qui produisent les semences, augmenter de 25% entre 2018 et 2019. 

C’est donc un secteur qui est en nette progression, pour lequel l'innovation et la création permettront de répondre à des demandes et des marchés encore insatisfaits.

Qu’est-ce que l’agriculture biologique ? 

D’un point de vue purement réglementaire l'agriculture bio répond à un cahier des charges en vigueur (règlement cadre européen CE 834/2007 et d’application CE 889/2008) dont la ligne de conduite principale est l’interdiction d’utiliser tout produit phytosanitaire/intrant de synthèse.

Plus d'infos sur le cahier des charges bio ici.

D’un point du vue agronomique, les objectifs de cette pratique sont multiples : ils comprennent le respect des équilibres naturels et la préservation de l’environnement.

Les entreprises agricoles en agriculture biologique visent également une autonomie globale de leur système. Finalement, la notion de résilience est essentielle concernant un système en agriculture biologique. Il faut considérer le système autant d’un point de vue agronomique qu’environnemental sans oublier la dimension humaine et économique. En effet, la philosophie de l'agriculture biologique, c’est aussi préserver un patrimoine agricole traditionnel, ainsi qu’une agriculture familiale et aider à rendre des petites structures viables. 

Il est important de noter qu’un itinéraire technique fonctionnel en agriculture conventionnelle ne le sera sûrement pas en agriculture biologique. Par exemple, les dynamiques au niveau du cycle du carbone et de l’azote sont très différentes d’une agriculture à l'autre, car la nature des amendements diverge. Cela influe sur le comportement de la flore spontanée du sol mais aussi sur les populations d'arthropodes ou autres organismes. Ainsi, c’est au système dans sa globalité qu'il faut repenser pour se lancer en agriculture biologique. Il est donc nécessaire d’avoir un projet défini avant de s’engager dans les démarches de conversion.

Comment se lancer ?

Avoir un projet  

Avoir un projet en agriculture biologique est crucial car il permet de se projeter et de mieux établir les “besoins” pour la transition. Afin de mûrir votre réflexion, il est possible d’aller visiter des exploitations, de récolter des retours d'expériences pour construire un projet qui vous ressemble.

Mais comment construire son projet ? Voici quelques pistes de réflexions clés :

  • D’un point de vue personnel

Pourquoi passer à l'agriculture biologique ? Qu’est-ce qui vous motive ? Réfléchissez aux objectifs de cette transition pour vous et votre exploitation. 

  • D’un point de vue technique 

Quel projet pourrait correspondre à votre exploitation ? En effet, les conditions pédoclimatiques de votre ferme influeront grandement sur vos pratiques en agriculture biologique. Par ailleurs, en fonction du système actuel de votre entreprise, plus ou moins de changements seront à prévoir notamment au niveau de votre rotation, de vos techniques culturales, des débouchés de vos cultures et de vos interlocuteurs. Il est important d’avoir en tête des débouchés pour chacune de vos futures productions et d'évaluer leur faisabilité. Cela permet de se projeter financièrement. 

  • D’un point de vue économique 

Est-ce économiquement viable ? Quels investissements sont à prévoir ? Quels seront les coûts de production ? Quelle valorisation pour vos productions ? Comment vont évoluer vos marges ? Vous pouvez créer un plan financier qui met en avant les dépenses et les recettes ainsi que les aides pour avoir un aperçu d’un potentiel résultat d’exploitation. Il est aussi possible de vous faire accompagner par un conseiller qualifié. 

Un dernier point important se situe au niveau de vos connaissances. Afin de réussir au mieux votre passage au bio, l’aspect agronomique est au cœur des enjeux. Si vous en ressentez le besoin, des formations ou des journées techniques peuvent vous donner certaines clés techniques pour concrétiser et mener à bien votre projet.

La certification : les étapes clés 

La certification à l'agriculture biologique se fait en deux étapes : dans un premier temps la conversion puis, dans un second temps, le maintien avec un audit annuel. 

La conversion représente la transition entre agriculture non biologique et agriculture biologique. Sa durée est différente en fonction des spécialités de l’exploitation. En production végétale, la période de conversion est de 2 ans avant le semis d’une culture annuelle. On parle alors de récolte “en C1” pour la première année et “en C2” pour la deuxième. C’est une période où les productions sont menées selon le cahier des charges de l’agriculture biologique mais elles sont valorisées au prix du marché conventionnel. Il existe des marchés spécifiques pour les récoltes en C2.

<i>Représentation du calendrier de conversion à l'agriculture biologique en grande culture. (Source : Document technique de la Chambre d’Agriculture IDF, “Conversion AB, guide Grande Culture”, édition 2018).</i>
Représentation du calendrier de conversion à l'agriculture biologique en grande culture. (Source : Document technique de la Chambre d’Agriculture IDF, “Conversion AB, guide Grande Culture”, édition 2018).

La certification se déroule en 3 étapes clés : 

  1. L’élaboration de votre projet, expliquée ci-dessus.
  2. La notification auprès de l’Agence Bio. Cette notification peut être effectuée sur le site de l’Agence Bio ou bien par courrier. C’est une déclaration obligatoire pour tous les acteurs certifiés bio. Elle est permanente sauf en cas de changement majeur comme votre adresse/ vos coordonnées, vos productions ou encore votre organisme certificateur. 
  3. La sélection d’un organisme certificateur (OC). Cet organisme indépendant fera le contrôle de votre structure pour pouvoir la certifier. Un contrôle par an est réalisé sur rendez-vous pour s’assurer du bon respect du cahier des charges bio. Le rendez-vous consiste en la consultation des cahiers d’enregistrement des pratiques, la vérification des factures et la réalisation de prélèvements. A la suite de la visite, un rapport de contrôle est établi : il peut indiquer des anomalies qui seront à modifier pour obtenir la certification. Une fois la certification validée, vous obtenez alors le droit de vendre votre production en bio. Notez que des contrôles inopinés peuvent avoir lieu. 

Et au niveau économique ?

Les investissements à prévoir

Tout d’abord, la certification est à la charge de l’agriculteur.ice. C’est un coût à prendre en compte par rapport à une production en “non biologique”. 

L’investissement principal est probablement celui des outils de désherbage mécanique : herses étrilles, bineuses, houes rotatives par exemple. Pour réduire l’investissement, il est possible de partager le matériel via des CUMA ou entre voisin.e.s. Cependant, il n’est pas rare que les fenêtres météorologiques soient très restreintes pour des travaux comme le désherbage mécanique. Une bonne entente et une certaine proximité entre les utilisateur.ices de ces outils sont donc indispensables. Comme vous vous en doutez, le désherbage mécanique doit être très précis afin de ne pas abîmer les cultures mises en place. Un système de guidage (GPS, RTK) peut devenir nécessaire. A noter que des aides sont disponibles pour ce genre d’équipements.

Les aides publiques à aller chercher

Concernant l’agriculture biologique, il existe deux types d'aides qui correspondent aux deux phases de la certification à l'agriculture biologique. Elles sont distribuées par le second pilier de la PAC depuis 2015. 

  1. Les aides à la conversion : elles sont distribuées par hectare et relatives aux cultures mises en place sur la parcelle. Pour les cultures annuelles, les aides à la conversion représentent 300 euros par hectare et par an.
  2. Les aides au maintien : elles sont également distribuées par hectare et relatives aux cultures mises en place sur la parcelle. Pour les cultures annuelles, elles représentent 160 euros par hectare et par an. Depuis 2020, l’attribution des aides au maintien change pour les nouvelles conversions en AB. Ces changements sont spécifiques aux régions/départements, n'hésitez pas à demander plus informations auprès de votre chambre d’agriculture.

Attention, en fonction des régions, des plafonnements sont établis. Votre chambre d’agriculture sera en mesure de vous renseigner ces informations. 

Avec la nouvelle PAC, des changements auront lieu. L'Europe souhaitant verdir davantage l’agriculture, les aides continueront de soutenir très probablement le développement de l’agriculture biologique.   

D’autres aides existent pour soutenir l’agriculture biologique comme les aides à la certification, ou encore celles à l'investissement. Il faut cependant bien se renseigner car certaines aides doivent être demandées à des moments clés de la conversion. 

Il est également possible de cumuler les aides à la conversion et au maintien avec certaines MAEC (Mesures Agro-environnementale et Climatiques).

<i>Crédits Chambre d'Agriculture de Dordogne</i>
Crédits Chambre d'Agriculture de Dordogne

La clé de la réussite :  les connaissances 

Les interlocuteurs 

Il ne faut pas négliger l’importance du dialogue dans le passage à l'agriculture biologique. Les instituts techniques, les chambres d’agriculture, les organismes certificateurs sont à votre disposition pour répondre à vos interrogations et vous accompagner dans votre projet. 

Il est aussi possible d’avoir un aperçu concret de la production en agriculture biologique en rencontrant des agriculteurs la pratiquant déjà. Les partages d'expériences sont essentiels pour prendre confiance et concrétiser un projet.

Les formations /salons /presse 

Une multitude de formations existent dans toute la France sous différents formats, répondant à des questions autour de l’agriculture biologique.

Des journées techniques, des tours de plaines, des interventions d’agronomes ou d’agriculteur.ices, des retours d'expériences sont organisés par différents organismes. Ces connaissances sont essentielles pour perfectionner votre système. Bien souvent, vous cotisez pour des formations via le fond VIVEA. Une partie de vos frais de formation pourront donc être pris en charge.

Vous pouvez également vous abonner à des revues spécialisées en agriculture biologique. Cela permet de rester informé sur la filière, les enjeux, la réglementation. 

Pour finir, des salons ou des événements sont organisés et regroupent les dernières nouveautés, les différents acteurs de la filière biologique. On peut notamment citer Tech&Bio, salon international agricole. Ces événements permettent de faire des rencontres et d’échanger sur des problématiques spécifiques. C’est aussi un moment idéal pour découvrir les dernières nouveautés disponibles concernant le triage, le stockage des graines et bien d'autres thématiques. Des retours agronomiques au niveau des variétés, des pratiques culturales ou des amendements sont souvent présentés à la suite d’essais lors de telles journées. Ces retours techniques permettent de progresser et d’évoluer dans la réflexion globale autour de votre système.

Les interlocuteurs clés pour démarrer

  • L’Agence Bio : c'est LE point de passage obligé pour le bio en France. Leur site web recense toutes les structures en bio. Vous pouvez également y réaliser les démarches de notification de votre activité en bio et y trouver de nombreuses informations et mises à jour concernant les pratiques, les évolutions réglementaires et les initiatives à l'échelle nationale.
  • Produire bio : c’est un site très complet qui répond à des questions spécifiques en détail autour du bio. 
  • Votre chambre d'agriculture : des conseillers spécialisés en agriculture biologique pourront vous renseigner et vous aider dans vos démarches. Ils peuvent vous transmettre des coordonnées d’agriculteurs volontaires pour partager leur expérience mais aussi des contacts concernant des filières ou des débouchés spécifiques. Ils pourront également vous mettre en relation avec des fournisseurs en bio. 
  • Les organismes certificateurs : il y a actuellement 12 organismes de certification bio accrédités ils sont tous répertoriés sur le site de l’Agence Bio (Ecocert, Certipaq, Bureau Veritas, Certisud, Certis, Bureau Alpes Controle, Qualisud, ControlUnion, Ocacia, Afnor Certification, Eurofins).
  • Votre agence de l’eau : les agences de l’eau mettent en place des programmes de soutien concernant l'agriculture biologique. Ils seront également capables de répondre à certaines de vos questions. 

Voilà vous savez tout, c'est parti pour la conversion bio !

Article rédigé par AgroParisTech Service Etudes.

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